Cela fait déjà quelques mois que j'aurai voulu, que j'aurais dû écrire ce post. Je m'étais imaginé un grand soulagement, une renaissance ou au contraire, une grande inspiration avant de se jetter à nouveau dans les cordes. Rien de tout cela... J'avais également imaginé que mon faiseur de bons sorts à moi, mon chirurgien préféré serait toujours là pour veiller sur moi, que rien ne pouvait m'arriver, en tous cas rien de vraiment grave, juste parce qu'IL existait sur cette terre. Pendant 5 années, j'ai vécu en apnée, sans avoir vraiment le droit de me dire que j'avais survécu. 5 années suspendues aux rendez-vous biannuels, à la fouille soigneuse de mon crâne. 5 années accompagnées de ce petit pulvérisateur qui ne me quitte quasiment jamais, ce pulvérisateur qui calme mes paniques autant que les douleurs.

Je pensais que la magie opérerait. Oubliée alors la tache sur la radio puis le scanner, oublié le pronostic, optimiste, de paraplégie et de cécité, oublié le "8 risques/10" de faire une hémorragie fatale, oubliés les 15 jours post-op passés à la maison pour profiter le plus possible des enfants et de mon amour, au cas où... oubliée la lettre écrite à mes petits, oubliées les séquelles. La magie n'a finalement pas opéré.

Il y a quelques mois, LE dernier rendez-vous, avec un nouvel ORL, plus impressionné par la taille de ma tumeur et sa localisation, par la prouesse chirurgicale, par le fait que j'avais rencontré en chair et en os leur maître à tous, que concerné par mes attentes. Oui, il s'agissait bien de la dernière visite de contrôle...même s'il m'a demandé de revenir si je constatais des anormalités. "Avec ce genre de tumeur, on est jamais sûr"..."de toute manière, moi, je n'oserai pas y toucher, à moins d'y être vraiment contraint"...Le dernier rendez-vous avec ce nouvel ORL aussi, même si mon faiseur de miracles est malade lui aussi, condamné selon les dires de mon interlocuteur.

Je pensais être soulagée, pouvoir enfin inspirer pour de vrai, mais en fait, j'ai pleuré comme un bébé. Plusieurs jours en état second, en état de choc...

Je crois pourtant que cette tumeur est une des meilleures amies que j'ai pu avoir. Elle m'a sauvé la vie , en voulant me la prendre...Je n'avais pas besoin de ce dernier contrôle, je n'avais pas besoin que l'on me dise "c'est fini". Cet os supplémentaire a poussé pendant des années à l'intérieur de ma tête, sans faire le moindre bruit. Un jour, au moment où j'en avais certainement le plus besoin, la douleur a envahi mes jours et mes nuits. Pendant quelques mois, j'ai vécu, suspendue à cette douleur. Je n'en ai étrangement jamais eu peur. Pour me sauver la vie, mon magicien en blouse blanche m'a séparé d'elle. Mais bizarrement, MA tumeur est devenue ma meilleure amie, depuis le jour où mon chirurgien a dit "yes! maintenant, vous êtes vivante!".

Il y a quelques jours, la marraine de notre fils m'a confié qu'elle me "préférait" maintenant. Il paraît que je suis plus drôle, moins lisse. Je crois que c'était un compliment...

juste avant  Août 2005.